L’Épopée du Bordeaux Yvrac Aéro-Club : Plus de 80 ans d’histoire
L’histoire du Bordeaux Yvrac Aéro-Club (BYAC), c’est avant tout l’histoire de pionniers passionnés qui, contre vents et marées, ont su transformer un simple champ de la rive droite en une plateforme aéronautique incontournable de la région bordelaise.
1937 : Le coup de foudre pour un terrain agricole
Tout commence à la fin des années 1930. Le Docteur Seynat, alors président du GTBA (Groupement Technique de l’Aviation), cherche activement un terrain sur la rive droite de Bordeaux pour compléter l’offre existante de la rive gauche (notamment Croix d’Hins et Mérignac-Beaudésert).
En volant au-dessus de la commune d’Yvrac aux côtés de Monsieur Leroy, son regard se pose sur une vaste parcelle agricole appartenant à Monsieur Mackertich.Un accord de location est rapidement trouvé : la plateforme d’Yvrac vient de naître, matérialisée à l’époque par une unique piste en herbe de 600 mètres orientée Nord-Sud.
1939 – 1945 : Les années de guerre
Le déclenchement du second conflit mondial suspend l’activité civile du terrain. L’armée allemande prend possession du site en raison de sa position stratégique proche de Bordeaux. Ils y construisent un blockhaus ainsi que plusieurs affûts de mitrailleuses pour fortifier la zone.Le terrain est alors officiellement reconnu comme terrain privé dès septembre 1948.
L’après-guerre : Reconstruire sur 450 mètres
À la Libération, le destin du terrain croise celui d’une figure héroïque de l’aviation : Henri Laforgue.Pilote émérite de la Première Guerre mondiale (titulaire du brevet de pilote militaire n° 255), fait prisonnier en 1939 après un atterrissage forcé puis évadé, il devient maire de Camarsac et prend la présidence du Bordeaux Aéro-Club en 1946.
La tâche est immense. Après le nettoyage des infrastructures militaires et de ses affûts, l’activité reprend tant bien que mal sur une piste raccourcie à seulement 450 mètres.Malgré cette faible longueur qui exigeait une précision de pilotage absolue, des centaines d’heures de vol sont effectuées sans le moindre incident, un exploit de sécurité que l’on doit au professionnalisme des chefs pilotes de l’époque, Messieurs Magaud et Béchade.
1951 – 1954 : Métamorphose et naissance du BYAC
Le début des années 1950 marque le véritable tournant moderne du site. Grâce au soutien des services des bases aériennes, de l’aide précieuse du Docteur Auriac et de l’effort herculéen de parachutistes militaires, le terrain est transfiguré :
Nouvel axe de piste : En 1951, la piste change définitivement d’orientation pour devenir la 29/11.
Infrastructures : Un grand hangar de 40 mètres par 20 mètres est érigé.
Pour le Club-House, les membres récupèrent un ancien baraquement allemand qu’ils réaménagent entièrement de leurs propres mains, aidés par de généreux mécènes locaux.
Photo historique des installations
14 Novembre 1954 : Une inauguration ministérielle
Le point d’orgue de cette reconstruction a lieu le 14 novembre 1954 lors de l’inauguration officielle des installations.C’est ce jour précis que l’association prend officiellement le nom de Bordeaux Yvrac Aéro-Club (BYAC).
L’événement se déroule sous la présidence d’honneur de Jacques Chaban-Delmas, alors maire de Bordeaux et ministre des Transports. Ce dernier n’hésite pas à s’installer à bord d’un appareil du club — un Nord-Centre NC.853 — piloté pour l’occasion par Lucien Demazel, président des Vieilles Tiges.
Devant un parterre de personnalités prestigieuses (le Général Basset commandant la 3° Région Aérienne, Monsieur Blaise alors maire d’Yvrac et le Docteur Seynat), le président Henri Laforgue reçoit les insignes de la Légion d’Honneur pour son dévouement absolu à la cause aéronautique.
« Ce terrain, situé à moins de 10 kilomètres du centre de Bordeaux, est un atout exceptionnel pour l’avenir de l’aviation légère régionale. »— Extrait du discours du Dr Seynat, 14 novembre 1954
Le hangar dans les années 1990Le restaurant dans les années 90
Et aujourd’hui ?
Héritier de cette formidable aventure humaine et technique, le Bordeaux Yvrac Aéro-Club continue de faire vivre la passion du vol sur la rive droite. Avec son équipe d’instructeurs dévoués et une école très active, l’esprit d’entraide et de liberté insufflé par les pionniers de 1937 reste plus vivant que jamais.